Le financement participatif par actions pour votre entreprise

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Vous avez probablement entendu parler de ces fabuleuses histoires de jeunes entreprises qui ont lancé un concept sur «Kickstarter» et qui ont levé des millions pour fabriquer et commercialiser leur produit ou leur service. Lorsque l’on pense au financement participatif (Sociofinancement ou Crownfunding en Anglais), il est question de financement participatif de type «dons» ou «prévente». Généralement, vous payez pour un produit, un service ou une exclusivité que vous recevrez dans un futur déterminé.

Et puis, émergea une nouvelle forme de financement participatif, à savoir le ¨financement participatif par actions”, eh oui… vous recevez alors de vraies actions de l’entreprise et non seulement un produit ou un service. Si cette entreprise prend de l’ampleur, vous pourrez vous aussi en récolter les fruits. Si l’entreprise meurt au feuilleton, vous y perdrez votre contribution comme tout investissement. Et finalement, comme tout investissement ce dernier est assujetti à la fiscalité sur les gains et les pertes en capital.

Pour les entreprises qui ont recours au financement participatif par actions, ce dernier permet de créer par le fait même une communauté d’ambassadeurs pour votre produit, fait non négligeable bien évidemment.

ÉVOLUTION RAPIDE DE LA LÉGISLATION

Compte tenu de l’intérêt des entreprises et des citoyens pour ce nouveau type de financement, l’Autorité des marchés financiers du Québec (AMF) proposa en 2014 un cadre afin d’adapter la législation à cette nouvelle réalité, conjointement avec cinq autres provinces canadiennes (Colombie-Britannique, Manitoba, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Saskatchewan). Le fruit de cette collaboration a donné le régime sur le financement participatif pour les entreprises en démarrage (directive 45-319). Ensuite, le régime concernant le financement participatif en équité en général (directive 45-108) a été adopté par le Québec, l’Ontario, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l’Alberta. Ainsi, donc, depuis l’entrée en vigueur de ces législations, une entreprise n’est plus obligée de déposer un prospectus pour vendre des titres au public à condition de passer par l’intermédiaire d’un portail de financement participatif par actions et de respecter certaines règles.

Au Québec, il existe aujourd’hui six portails de financement participatif par actions approuvés par l’AMF, soit:

Les deux régimes de financement participatif possèdent les caractéristiques suivantes:

  1. La dispense pour entreprises en démarrage

    a. Maximum de 250 000 $ par campagne

    b. Maximum de deux campagnes par années

    c. Maximum de 1 500 $ par investisseur par campagne

    i.Possibilité de dépasser ce montant de 1 500 $ (investisseurs dispensés famille, amis, investisseurs accrédités, etc.)

    d. L’entreprise n’est pas obligée de produire des états financiers vérifiés et n’a pas besoin de produire un prospectus

  2. La dispense pour financement participatif

    a. Maximum de 1.5 million par année

    b. Maximum de 2 500 $ par investisseur et 25 000 $ par investisseur qualifié par campagne

    c. L’entreprise a l’obligation de produire et de publier des états financiers vérifiés.

Quoique certains déplorent le plafond de 250 000 $ ainsi que de 1500 $ par contribution pour les entreprises en démarrage du domaine technologique, ce type de financement devient une réelle alternative au capital de risque tout en s’inscrivant dans la tendance «Internet» des dernières années dans les mouvements «socio participatifs».

Au Québec, depuis 2016, on dénombre 4 entreprises pour 5 campagnes qui ont profité de ce cadre, dont en voici la liste en ordre chronologique:

1. Hardcabon en Été 2018 sur GoTroo

  • Objectif 150 000 $, récoltés 250 000 $

  • 361 investisseurs

2. Bougex en Automne 2017 sur FrontFundr

  • Objectif 60 000 $, récoltés 103 754 $

  • 82 investisseurs

3. Ubios en Hiver 2016 sur GoTroo

  • Objectif 100 000 $, récoltés 156 500 $

  • 179 investisseurs

4. Protect Yu en Hiver 2016 sur GoTroo

  • Objectif 30 000 $, récoltés 34 050 $

  • 32 investisseurs

5. Bougex en Été 2016 sur GoTroo

  • Objectif 75 000 $, récoltés 106 000 $ pour

  • 121 investisseurs

EST-CE FAIT POUR MON ENTREPRISE ?

Premièrement, les entreprises qui ont réussi ce type de campagne au Québec, et ce, peu importe le type d’entreprise, s’entendent pour dire qu’une telle démarche demande énormément d’effort et de préparation.

Il faut donc y voir davantage une campagne de marketing plutôt que simplement de financement, à savoir communiquer, cibler, tester, mesurer, convertir. Cela peut prendre des mois à préparer, car il faut aligner les conditions gagnantes pour assurer la réussite de la campagne dans le temps imparti.

Il faut notamment faire attention à ce que l’on dit ! Le monde de l’investissement est très normé et la dernière chose que l’on souhaite est de commettre par inadvertance une infraction. Pour les investisseurs, le risque est important et c’est pourquoi la législation vise leur protection, car il est primordial que ce risque soit bien compris et accepté consciemment par ces derniers.

Une fois votre campagne lancée, une entreprise a une période maximale de 90 jours pour atteindre son objectif. Si l’objectif n’est malheureusement pas atteint, tous les fonds recueillis sont obligatoirement retournés aux investisseurs. On comprend donc aisément que la préparation de l’opération est primordiale.

Julien Brault de Hardbacon, qui a exécuté une campagne avec brio à l’été 2018, conseille de débuter l’opération par un sondage en ligne permettant de bâtir une liste de gens qui pourraient avoir de l’intérêt pour une éventuelle campagne de financement. L’entreprise pourra notamment utiliser tous ses contacts établis dans le cadre de la gestion de ses réseaux sociaux.

Après avoir analysé les résultats de son sondage, l’entreprise pourra alors contacter personnellement chaque prospect afin d’expliciter davantage le projet de financement et de faire valoir quels seraient les intérêts à investir.

QUELQUES RÉFLEXIONS IMPORTANTES

Ainsi donc, pour obtenir 100 000 $ l’entreprise aura par exemple besoin de 100 personnes qui iront sur la plateforme de financement afin d’accepter de payer un 1000 $ dans les 90 jours de sa campagne. Dès le jour 1 du lancement, l’entreprise devra donc diriger les futurs actionnaires potentiels à l'assaut de la plateforme.

C’est précisément dans cette capacité à faire passer vos prospects à l’action que le succès de votre compagne réside. Maintenant que tout est bien préparé pour la campagne, il faudra se poser des questions fondamentales autour des impacts qu’aura ce type de financement sur le futur de votre entreprise.

Que direz-vous à vos futurs financiers lorsque vous devrez leur expliquer que vous avez plus de 150 actionnaires dans votre entreprise ? Cela pourrait certainement en rebuter plusieurs. Vous devrez donc les convaincre que cela est un atout pour votre entreprise en démontrant notamment les mesures qui ont été mises en place pour éviter les dérapages.

Quelle part de votre entreprise pouvez-vous offrir en échange ? Bref, comment déterminez-vous et justifiez-vous la valorisation de votre entreprise ? Si vous cherchez à lever 250 000 $ en échange de 10%, vous supposez donc une valorisation de 2.5 millions.

De l’autre côté, si vous offrez 30%, qu’allez-vous faire pour les prochaines rondes de financement ? Vous comprenez donc qu’il y a un timing pour lancer ce type de campagne et ce timing doit vous permettre de justifier une valorisation juste qui n’aura pas d’effets négatifs pour le futur. Avez-vous un produit Alpha, Beta? Avez-vous des clients qui sont prêts à l’utiliser sous peu ? Avez-vous des objectifs précis de l’utilisation des fonds que vous souhaitez amasser ? Si vous répondez non à ces questions, oubliez ce type de financement pour le moment.

Par ailleurs, il est à noter que du montant amassé, vous devrez prévoir des frais d’environ 10%. Il faudra aussi prévoir des frais d’avocat pour l’émission des titres d’actions et de l’adaptation de la convention d’actionnaire. Donc, pour 250 000 $ de financement acquis, vous n’aurez en réalité qu’environ qu’un peu plus de 200 000 $.

Est-ce que cela en vaut vraiment le coup ? Très honnêtement, si vous comptez le temps, les efforts, frais et dépenses de promotion et que vous avez un produit qui commence à générer des ventes, il est fort probable que vous puissiez vous financer autrement avec moins d’efforts. Par contre, si vous traitez l’opération comme une campagne de marketing autofinancée, vous comprenez que ce n’est plus la même chose et la décision s’avère donc potentiellement payante dans tous les sens du terme.

POURQUOI J’ÉCRIS CET ARTICLE

C’est en 2016 que ID-M passa du mode conceptuel au mode projet concret. À partir de ce moment, je me lançai dans l’université de la vie de l’entrepreneuriat. À l’été 2016, j’entrepris le programme Démarrage et gestion de son entreprise de l’École d’entrepreneuriat de Québec afin d’acquérir l’ensemble des connaissances et réflexes me permettant de devenir un meilleur entrepreneur et une meilleure personne. Au cours de ces deux dernières années, à l’aide de programme comme Défi Montréal, ma compréhension de l’ensemble des domaines touchant une entreprise en démarrage atteint un niveau que je ne pouvais imaginer au début de l'aventure. J’en suis très fier.

La question du socio financement pour ID-M, mon entreprise, a toujours fait partie des réflexions que j’ai eues avec mes principaux collaborateurs. Aujourd’hui, nous songeons à lancer une campagne de financement participatif par actions à l'automne 2018 et avons lancé ce sondage d’intérêt afin de débuter notre qualification et nous aider à établir notre stratégie en ce sens.

Enfin, je termine en vous faisant part que je partage ma compréhension de domaine du financement participatif par actions en espérant, bien humblement, aider des entreprises en démarrage qui songeraient à ce mode de financement.

  Patrice Caron , fondateur de ID-M

Patrice Caron, fondateur de ID-M

ID-M est une entreprise dans le domaine de l’identité numérique qui est née de la vision et de l’expérience d’experts dans le domaine de la sécurité de l’information. ID-M propose une solution simple d’utilisation permettant à quiconque de prouver son identité, d’une manière simple et fiable, et ceci tant dans le monde réel que virtuel.